Jeux d’interprètes : quand la musique traduit les émotions suscitées par l’oeuvre d’art

Jeux d’interprètes : quand la musique traduit les émotions suscitées par l’oeuvre d’art

Projet distributeur | Axe du projet : réception artistique | Nature du projet : soutien à l’association ARTMUSIK | Année 2023

CAPSULE RÉCEPTION ARTISTIQUE | ASSOCIATION ARTMUSIK
Quand la musique traduit les émotions face à l’oeuvre d’art plastique

Rentrer dans un tableau, c’est ouvrir une fenêtre vers soi.
Les Jeux d’interprètes, créés en 2010 par Delphine Grivel et Jean-Marc Leone, encouragent les manières différentes de s’approprier une œuvre d’art lesquelles varient en fonction des aspirations et des ressentis de chacun. Grâce à un dispositif artistique spécifique et une médiation innovante, le participant devient l’interprète de ses sentiments qui ont été déclenchés à la vue d’un tableau et de ses détails, et qui sont traduits immédiatement en musique. Il va à la découverte de soi, du contact avec ses perceptions et émotions, de leur expression et leur verbalisation jusqu’à l’entendre en musique, grâce à leur interprétation au violoncelle sur des extraits d’œuvres choisies.

L’appropriation personnelle générée par l’expérience artistique autour d’un texte, d’un tableau et d’une musique développe une meilleure connaissance de soi et de son propre imaginaire. Elle ouvre le champ aux capacités créatrices de chacun et renforce l’écoute de soi et l’estime de soi. Elle participe également à un mieux-vivre, à un mieux- être, à la réceptivité, à un mieux-s’exprimer et au partage. La médiation a une portée éducative et thérapeutique pour amener le participant à être actif dans le processus de réceptivité et d’expression.

Après les musées et les espaces culturels, c’est au tour des lieux de soin comme l’hôpital des Mureaux dans les Yvelines ou l’Ehpad de Mézy sur Seine d’accueillir Delphine Grivel et Jean-Marc Leone.

Les Jeux d’interprètes sont un moyen direct de parler de soi sans se nommer. Nul besoin de savoir. Juste se laisser toucher par l’art, grâce à la vibration musicale et son intention, grâce à la vibration colorée et le motif, pour que chacun ouvre sa boîte à secrets en se sentant protégé par le récit fictif qui encadre le contenu thérapeutique.

OBJECTIFS : 

Réduire et ralentir les troubles cognitifs et anxieux des patients

Atténuer les douleurs

Détendre

Stabiliser les comportements

Proposer une aide psychologique

Réactiver un élan de vie, raviver l’identité des patients dans un rapport individuel et aussi collectif, entre les patients, et dans un partage avec le personnel soignant.

 

L’œuvre d’art comme expérience

Les perceptions sont le point de départ pour de multiples interprétations musicales. A travers la médiation, Delphine Grivel donne aux spectateurs toute la place à une interactivité toujours constante entre l’œuvre d’art, le musicien et le public. A partir de choix musicaux définis au préalable dans le grand répertoire en fonction de l’œuvre d’art, Jean-Marc Leone traduit en musique l’atmosphère ainsi que la dramaturgie du tableau, et adapte au violoncelle ce que le spectateur voit ou ressent au fur et à mesure des détails qui leur sont montrés. Un même détail sera l’origine d’impressions variées au niveau du sentiment (la colère, la peur…), de la matière plastique (lisse, étouffante, foisonnante, épaisse…), des formes (disparates, évanescentes, légères, obscures…), de la couleur (enveloppante, chaude, violente, vaporeuse, lumineuse, ténébreuse, en opposition avec d’autres ou au contraire reliée…), du mouvement (élévation, en suspens, précipité, ralenti…) ou des symboles que l’on leur associe.

Créés au Palais des Beaux-Arts de Lille en 2010, les Jeux d’interprètes ont depuis été réalisés dans les hauts-lieux culturels et muséaux sur Paris et en région parisienne. Régulièrement sollicitée par sa sœur Geraldine Lines, Professeur Hospitalier à Londres, pour des études sur l’impact de l’art pour les malades atteints de troubles psychiatriques, Delphine Grivel réfléchit parallèlement avec Jean-Marc Leone aux vertus thérapeutiques des Jeux d’interprètes dans un parcours de soin. Forts de cette expérience et des retours obtenus, Jean-Marc Leone et Delphine Grivel décident d’aller plus loin pour ne pas limiter leurs actions à une bulle de bien-être.

 

Les jeux d’interprètes, une médiation à effet thérapeutique 

Les Jeux d’interprètes ont pour vocation de détendre, c’est le premier soin. Grâce à sa vibration, la musique donne accès aux émotions, c’est un chemin simple et direct pour aller au cœur. Les Jeux d’interprètes mettent l’art au service de l’humanité des patients et de leur unicité.

Le patient est sollicité pour mettre des mots sur ses perceptions : l’art n’est pas une question de savoir, mais de sensations, d’interprétations – c’est la 1ère interprétation. Il est donc accessible à tous. Les propositions, verbalisées – c’est la 2ème interprétation – sont immédiatement mises en musique au violoncelle pour les rendre artistiques et perceptibles pour tous – c’est la 3ème interprétation.

L’interprétation englobe donc trois mouvements qui s’enchaînent : de l’œuvre d’art visuelle à l’individu, de l’intérieur de soi (perceptions, sensations, émotions) à son extériorisation (verbalisation), de l’individu à sa création musicale (interprétation au violoncelle de la perception exprimée par l’individu). En ces trois mouvements, la dimension humaine de l’art se révèle, sans détour : le soin est immédiat.

L’interaction, placée au centre de la médiation entre les intervenants et le public d’une part et entre les participants d’autre part, encourage la granularité émotionnelle (capacité d’utiliser des mots différents pour décrire spécifiquement une variété d’émotions) qui permet d’« avoir une expérience du monde et de soi- même plus précise » (Lisa Feldmann Barett). Le dialogue entre les intervenants et les patients s’adapte aux pathologies des patients. Il prend appui sur la vibration musicale qui amène doucement le patient vers son être et ses émotions afin qu’il y ait accès peu à peu, dans un climat réconfortant et aidant.

Les Jeux d’interprètes aident à vivre par transitivité les émotions, même pour les patients qui ne peuvent s’exprimer verbalement. Un geste peut suffire à être compris par le musicien qui va l’interpréter en musique. L’ouïe, la vue et l’individu sont connectés dans une expérience sensorielle qui met l’interprétation au cœur de l’enjeu artistique et thérapeutique. Avec le groupe, l’interprétation génère les valeurs d’écoute et de partage, et aide à une meilleure connaissance de soi et de l’autre. L’art est pour tous.

Chacun des participants est invité à être à l’écoute de soi. Le projet l’amène à aller vers une zone de contact, explorée à des niveaux différents selon chaque individu, pour accéder à ses sensations, voir comment une image visuelle et une interprétation musicale agissent en lui, quels effets lui font une couleur et un motif pictural. La singularité de l’individu est donc « mise en jeu », sans jugement et dans l’écoute bienveillante de soi-même et à la découverte des autres. Les différences observées entre les participants viennent encore enrichir l’unicité et la multitude des approches individuelles qui peuvent faire résonner en chacun d’autres zones de contact qu’il avait pressenties ou qu’il n’avait pas encore perçues et qui vont déclencher, à leur tour, d’autres sensations.


Delphine Grivel

Admise à l’Université Paris-IV de Paris-Sorbonne à l’âge de 17 ans, elle y fait tout son parcours, bénéficiant pour chaque discipline de l’enseignement de spécialistes et professeurs émérites, parmi lesquels Serge Gut, Jean-Yves Bosseur, Georgie Durosoir, Nicolas Meeùs et Michèle Barbe auprès de laquelle elle se spécialise dès la Maîtrise pour le rapprochement des arts. Après sa thèse soutenue en 2001, elle poursuit ses recherches au sein du groupe « Musique et Arts plastiques » à l’OMF, participe à des colloques et séminaires en France et à l’étranger (Montréal, New York grâce à une bourse de l’Ambassade de France) . En 2011, est publié aux éditions Symétrie son ouvrage Maurice Denis et la musique récompensé par le Prix des Muses 2012 (Mention du jury). Elle mène plusieurs autres publications (revues spécialisées, ouvrages scientifiques collectifs) et participe au catalogue d’exposition Paul-Elie Ranson 1861- 1909. Du Symbolisme à l’art nouveau (Somogy, 2000). En 2012, elle coordonne la Journée d’études « Luminescences. Antoine Tisné révélé » au Centre de Musique contemporaine de Paris, et réalise une série d’émissions sur France Musique. Prenant à coeur la pédagogie et la transmission, elle obtient en 2009 le concours de Professeur d’Enseignement Artistique.

 

Jean-Marc Leone

Admis au Conservatoire du 10ème arrondissement de Paris dans la classe de Guy Besnard, il réussit le Concours centralisé de la Ville de Paris avec un Premier Prix à l’unanimité et les félicitations du jury. Il suit également une formation de violoncelle baroque au CRR de Paris avec David Simpson. Il collabore avec diverses formations (les Talens Lyriques, l’Orchestre philharmonique d’Europe, l’Orchestre National des Pays de la Loire…) et enseigne en conservatoire.

Il propose des festivals et des concerts dont il assure la direction artistique. Il fonde « Les Music’Oz » avec des spectacles alliant théâtre et musique. Passionné de peinture, il réalise plusieurs expositions de ses œuvres.

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